Depuis plusieurs années, la majorité municipale revendique une politique du « vivre ensemble » et du rassemblement. Mais dans le bulletin municipal d’été, ce sont d’autres valeurs qui transparaissent.

Dans le dernier numéro d’AVoiron, un quiz humoristique invite les Voironnais·es à déterminer à quel profil iels appartiennent : sportif·ve, bon vivant·e, « de souche », ou « Grenoblois·e sur les bords ». Une rubrique présentée comme légère et ludique, mais qui soulève de nombreuses interrogations.

Derrière l’humour, des clichés pesants

Sous couvert de second degré, ce questionnaire joue avec des marqueurs de distinction sociale : la connaissance des commerces « premium » (chocolaterie Bonnat, boutique de sport haut de gamme…), les préférences de loisirs supposément plus « chics », ou encore les lieux de promenade « typiques ». À l’inverse, les personnes fréquentant des magasins populaires ou ne correspondant pas à cette norme implicite se voient renvoyées à une forme de « non-appartenance ».

Et puis il y a ce terme, “Voironnais de souche”, qui ne fait pas rire tout le monde. Il rappelle des discours dangereux, où certaines personnes seraient plus légitimes que d’autres à habiter ici, juste parce qu’elles sont là depuis longtemps.

Une identité municipale réduite à la consommation

Ce portrait du « bon Voironnais » repose presque exclusivement sur des pratiques de consommation et de loisirs marchands. Être citoyen·ne ici ne relèverait donc pas d’un engagement, d’une mémoire collective, ou d’un lien social, mais d’une capacité à consommer « au bon endroit » et à s’y reconnaître. C’est une façon très réductrice de voir ce que signifie “être Voironnais·e”. Comme si seules comptaient les personnes qui consomment dans certains lieux ou qui ont les bons codes (ceux validés par la majorité municipale). On oublie complètement toutes celles et ceux qui vivent la ville autrement : les jeunes, les personnes en galère, les nouveaux arrivant·es, ou encore celles et ceux qui s’engagent au quotidien, souvent sans être mis en avant.

Une rhétorique qui refuse la critique

Face aux réactions critiques de plusieurs commerçant·es et habitant·es, la réponse officielle de la ville reste déroutante : il s’agirait d’humour « au second degré », et si cela blesse, c’est « qu’on n’a pas compris ». Aucune remise en question, aucun mot pour les personnes visées. Une posture défensive et infantile, bien loin de la responsabilité attendue d’une équipe municipale.

Voiron, n’appartient pas à quelques un·es

Pourtant, Voiron n’est pas née d’un entre-soi. Depuis des siècles, c’est une ville de passage, de brassage, de rencontre. Frontière historique entre le Dauphiné et la Savoie, carrefour entre Grenoble, Lyon et Chambéry, Voiron a toujours été traversée, habitée, transformée. C’est ce qui a fait sa richesse.

Aujourd’hui, elle est souvent qualifiée de “porte de la Chartreuse”, entre nature et ville. Son histoire de ville de passage, de rencontre et de richesses collectives contraste avec l’image réduite qu’en donne ce petit quiz. Voiron est une ville construite sur l’échange, la diversité, et le vivre-ensemble, gardons ça en tête.

Un symptôme d’une vision de la ville « à l’ancienne »

Ce n’est pas juste un jeu d’été de mauvais goût. C’est le reflet d’une vision politique où l’on met en avant certains profils, certains modes de vie, au détriment des autres. Où l’on fait croire qu’il y a une bonne façon d’être Voironnais·e — et que les autres feraient mieux de s’adapter.

Nous appelons à une vision plus inclusive de notre ville. Une vision qui valorise toutes les formes d’engagement et de participation, qui reconnaît la diversité des parcours comme une richesse, et qui choisit de tisser du commun plutôt que de jouer sur les divisions.

Être Voironnais·e ne devrait jamais être conditionné aux chiffres dépensés sur un ticket de caisse.

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